Mai 68 : l’émergence du militantisme LGBT (1)


Cette série d’articles vise à comprendre comment la presse actuelle perçoit l’émergence de la question homosexuelle après les événements de Mai 68. D’une part verra à quel point elle est marginalisée et mal étudiée, au profit de l’émancipation des femmes. D’autre part on verra la part de mythe véhiculé au sujet de cette dernière. D’autre questions viendront ensuite : l’homophobie des soixante-huitards et l’oubli par les LGBT de leur histoire révolutionnaire.

Cinquante ans après, quid des pédés de 68 ?

Comme tous les dix ans expositions, documentaires, hors-séries et interviews des acteur·rice·s de la chienlit sont au rendez-vous : 216 occurrences de l’expression « Mai 68 » dans la seule presse nationale entre le 1er et le 12 mai dernier. Ne comptez pas : 18 par jour !

Comme tous les dix ans acteur·rice·s, nostalgiques ou désabusé·e·s, défenseur·e·s ou contempteur·rice·s, éditocrates et « expert·e·s » sont au  rendez-vous. Récits et analyses contradictoires également.

Comme tous les dix ans on récite le catéchisme : les étudiant·e·s, le non bilan, les ouvrier·e·s qui n’y ont rien gagné et bien sur qui ont tourné leur veste une fois au pouvoir. Daniel Cohn-bendit, qui « en a marre »[1] mais en parle quand même, rejette l’idée. « La seule chose qu’un soixante-huitard ait dirigée en France c’est un journal !» « Le seul soixante-huitard à avoir exercé le pouvoir c’est Vaclav Havel. » Prends ça ! Sur ce sujet, d’ailleurs, rien n’égalera Hocquenghem mettant « le nez dans (leur) merde » aux « renégats » « passés du col mao au Rotary. »[2]

Puisqu’il faut bien admettre que des choses ont changé, dans les mœurs et la société, comme tous les dix ans on se lance sur la révolution sexuelle et la libération des femmes. Joyeux fatras d’ailleurs où libération des mœurs et égalité entre les genres se confondent. Comme si le droit de baiser, de parler de fesse à la radio ou même d’avorter librement et sans crainte avaient pu suffire à mettre à terre le patriarcat. Comme si investir le dortoir des filles était un acte d’émancipation. Et comme si c’était le point de départ : en 68 les femmes étaient reléguées au rang de petites mains, ne menait pas les manifs, ne prenaient pas la parole. «On ne réalisait pas combien les hommes tenaient le micro, combien ils monopolisaient la parole » confiait Ariane Mnouchkine le 19 mars sur France Inter.

Et les homos dans tout ça ?

 

Une recherche des articles dans lesquels figurent à la fois l’expression « Mai 68 » et les variantes du terme « homosexuel » portant sur l’ensemble de l’année ne permet d’identifier que vingt-et-un articles… Pour le seul mois de mai « Prague » et « Vietnam » ont plus la faveur des rédacteurs. Dix articles de presse magazine seulement associent homosexualité et Mai 68. Pas grand chose non plus en ligne.

Ainsi Slate est capable d’écrire un article « temps de lecture : 6 minutes » sur la libération sexuelle sans employer le mot[3]. La Croix non plus dans son article sur une exposition à l’école des Beaux-Arts[4] qui couvre pourtant la période 1968-1974, date emblématique de la deuxième grande descente de police à l’école (la première avait eu lieu en 68), cette fois pour mettre un terme aux réunions des groupes féministes et homosexuels[5]. Hors de France Marc Jacquemain, sociologue à l’université de liège, voit toutefois dans la question homosexuelle « l’exemple le plus frappant » de la libre disposition de soi.[6] C’est sympa mais un peu maigre.

Pas la cote, même à gauche…

N’allons pas croire que l’orientation politique du journal change la donne :  Libération évoque peu l’homosexualité et l’Huma la tait. Pourtant l’un comme l’autre abordent régulièrement des thématiques LGBT. Par exemple L’Humanité fut le seul à reparler un an après des tortures infligées aux homosexuels tchétchènes par exemple, dans l’UNIQUE article consacré à la journée mondiale de visibilité trans [7] . Et là plus rien, silence !

A croire que les pédés n’existaient tout bonnement pas en 68.

à suivre…

 

 

 

 

 

 

[1][1]« Je ne suis pas un gardien de musée », entretien avec Raphaël Glucksmann ; Le nouveau Magazine Littéraire, n3, mars 2018, p.28

[2] Guy Hocquenghem ; Lettre ouverte à ceux qui sont passés du col mao au Rotary

[3] http://www.slate.fr/societe/mai-68-2018/morale-sexualite-liberation-moeurs-dortoirs-filles

[4] Paula boyer ; 1968-1974, images des luttes ; La Croix ; 21/04/2018 ; p.22.

[5] Harry Bellet ; Mai soixante-huit s’affiche sur les murs des Beaux-Arts ; Le Monde ;01/03/2018 ; p16.

[6] Olivier Mouton, le Vrai Bilan de Mai 68 ; Le Vif ; 26/04/2018

[7] Gabriel Laumosne ; Défendre les droits humains : c’est l’affaire de tout-te-s ! L’Humanité ; 31/03/2018

 

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